LE XV DE FRANCE BAT LES ALL-BLACKS NEO-ZELANDAIS
Victorieux des All Blacks (20-18), les Bleus affronteront l'Angleterre en demi-finales de la Coupe du monde samedi au Stade de France. Les Bleus, samedi à Cardiff, sont entrés par la grande porte dans l'histoire du rugby français. Un exploit immense, arraché avec beaucoup de litres de sueur et quelques gouttes de sang. Il fallait un courage insensé pour offrir à ce point son corps à la cause. Se sacrifier pour ne pas céder. Plaquer et se relever. Encore et encore. Inlassablement. De la première à la dernière seconde d'un quart de finale étouffant. 178 fois, les Français ont étreint les hommes en gris pour les arrêter, les jeter au sol. Un chiffre affolant, déraisonnable. L'abnégation portée à son paroxysme. Une défense de fer face à un adversaire maître du ballon. 72 % de possession pour les All Blacks. Plus de neuf minutes passées dans les 22 mètres tricolores. À chercher la brèche, à buter dans le mur couleur nuit. En vain. Les Français brûlaient d'une foi trop grande. Ils ne voulaient tout simplement pas mourir à Cardiff. L'idée de quitter cette Coupe du monde loin de la France et de leurs proches, de leurs supporters, leur était insupportable. Alors, têtes hautes et regards fiers, ils ont relevé l'immense défi. Non sans souffrir. Mais la douleur n'avait pas de prise sur des esprits transcendés par la promesse qu'ils s'étaient fait. Revoir le Stade de France, croire encore à ce titre de champion du monde, poursuivre cette quête d'une vie. Samedi prochain, à Saint-Denis, le XV de France affrontera l'Angleterre pour une place en finale. Une affiche inattendue entre les deux porte-drapeaux d'une vieille Europe que l'on pensait, à tort, condamnée face à la puissance de l'hémisphère Sud. Mais c'est là la beauté incomparable du sport. Anglais et Français ont déjoué tous les pronostics, renvoyant Australiens et Néo-Zélandais dans leurs lointaines îles. Les larmes vont couler longtemps à l'autre bout du monde. Quatre longues années d'amertume... Sûrs de leur jeu, de leur domination, ils ont, peut-être, oublié que le rugby était, d'abord, un combat. Les Français ont fait la preuve, samedi, qu'ils étaient capables de tout. Même de s'aligner en formant un drapeau bleu-blanc-rouge pour, à quelques centimètres des All Blacks, regarder le haka les yeux dans les yeux. Un moment intense, un frisson inoubliable. Une véritable déclaration de guerre pour un combat féroce. À l'image de Serge Betsen, quittant le champ de bataille dès la quatrième minute. En titubant, mais debout puisque le vieux guerrier avait refusé de s'allonger sur la civière. À l'image de Yannick Jauzion, concluant une percée conjuguée de Damien Traille et Frédéric Michalak, inscrivant l'essai de la victoire (63e minute) l'oeil gauche fermé par un oeuf de kiwi. À l'image de Fabien Pelous, le visage tuméfié...

SCANDALE POLITICO-FINANCIER
On croyait avoir tout vu, l’affaire Elf, le financement occulte des principaux partis politiques. Mais voilà que le tribunal correctionnel va juger à partir d’aujourd’hui le plus consternant dossier politico-financier de la fin du siècle dernier : l’affaire Sofremi (Société française d’exportation du ministère de l’Intérieur). Un nouveau micmac de commissions occultes versées en marge des grands contrats internationaux, parfois suivies de rétro-commissions versées à des décideurs français, dans la plus parfaite opacité. Du grand classique, à ceci près que tout était centralisé Place Beauvau. L’ancien président de la Sofremi a résumé avec lassitude cette vaste foire aux capitaux off-shore : «Je ne trouvais pas normal que le ministre de l’Intérieur me demande de piller la trésorerie, mais je n’ai pas voulu m’y opposer.» La Sofremi a été créée en 1986 pour aider les industriels français à obtenir des contrats auprès des polices étrangères. Son capital est réparti entre l’Etat et les principaux fabricants, mais c’est le ministère de l’Intérieur qui en nomme les dirigeants et en assure la tutelle directe. Au cours de l’enquête, Charles Pasqua a raconté que, dès sa nomination en 1993, on lui avait fait part de rumeurs de financement du PS… Après multiples audits, c’est pourtant la seule période Pasqua qui est visée, caractérisée par une explosion des commissions (170 millions de francs), dépassant 15 % du montant des marchés visés (avec une pointe à 24 % en Colombie). La Sofremi ne se donne même plus la peine de préserver les apparences : une commission est versée à l’occasion d’un marché brésilien alors qu’elle n’était même pas candidate… Dans cette gloutonnerie ambiante, la Sofremi va jusqu’à emprunter - en Suisse! - afin de rémunérer un intermédiaire impatient, l’usage étant de verser la commission à la signature du contrat (success fee). Le procès va se concentrer sur trois contrats (Argentine, Colombie et Koweït). Les principaux bénéficiaires de commissions sont Pierre Falcone (réfugié à l’étranger grâce à un passeport diplomatique angolais, il vient de négocier son retour en France sans passer par la case prison) et Etienne Leandri (décédé en 1995, son ombre plane encore sur de nombreuses affaires). Déjà poursuivi dans l’Angolagate (procès prévu fin 2008), Falcone a encaissé 15 millions de francs de la Sofremi. Le second, condamné à la Libération pour intelligence avec l’ennemi, réhabilité grâce à la CIA au nom de la lutte anticommuniste, est un compagnon de route de Charles Pasqua. Collectionneur de commissions en Suisse, Léandri a encaissé 21 millions de francs de la Sofremi. Ils en ont ensuite fait bénéficier des figures de la galaxie pasquaienne : Jean-Charles Marchiani (un million), Jean-Jacques Guillet (11 millions) et Pierre-Philippe Pasqua (10 millions). Le terme rétro-commission n’est pas évident à employer, faute de traçabilité financière directe : le fils Pasqua a ainsi encaissé des fonds de Leandri, qui les avait obtenus de Falcone, qui lui-même les avait obtenu de la Sofremi.

TEST ADN POUR LE REGROUPEMENT FAMILIAL DES IMMIGRES
Vincent Peillon estime que le débat sur le recours à des tests ADN pour des candidats au regroupement familial est quelque chose "d'essentiel" et non un "détail" comme l'affirme le Premier ministre François Fillon. Invité lundi sur LCI, le député européen socialiste a reproché à Nicolas Sarkozy et à sa majorité de jouer depuis longtemps "avec des choses dangereuses." "Ce n'est pas un détail, c'est quelque chose d'essentiel. C'est comme si l'on disait 'la démocratie, les droits de l'homme, c'est un détail'. Là, je pense qu'il fait une erreur", explique-t-il. "C'est vrai que François Fillon n'en est plus à une maladresse près depuis quelques temps", ajoute-t-il. Plus largement, Vincent Peillon reproche au gouvernement d'imposer une nouvelle loi sur l'immigration "tous les ans." "Cette majorité et depuis longtemps Nicolas Sarkozy jouent à des choses dangereuses et qui vont, non pas dans la restauration de l'identité nationale, mais dans son abaissement", avance-t-il.

LE PROCES "QUEEN-MARY II"
Le procès de l'accident de la passerelle du paquebot Queen-Mary-II, qui avait fait 16 morts et 29 blessés en 2003, s'est ouvert lundi 8 octobre, à Saint-Nazaire. Dix personnes physiques et morales, dont la sociétés Endel (Suez) et les Chantiers de l'Atlantique (Alstom Marine), sont mises en examen pour "homicides et blessures involontaires". Les huit salariés de ces sociétés poursuivis encourent jusqu'à trois ans d'emprisonnement ferme. Le tribunal correctionnel va juger, jusqu'au 23 octobre, Endel, sous-traitant chargé de la construction de la passerelle, ainsi que le constructeur du navire, les Chantiers de l'Atlantique. Ce dernier soutient avoir fait confiance au sous-traitant, tandis qu'Endel assure que les Chantiers ont utilisé cette passerelle dans des conditions qui n'étaient pas prévues. Des experts ont conclu dans un rapport, lors de l'instruction, à une déficience de conception de la passerelle d'accès au paquebot. Les victimes, des employés d'une entreprise de nettoyage, et deux groupes d'invités de cadres des Chantiers de l'Atlantique venus visiter le paquebot, ont fait une chute de 18 mètres. Elles attendent "que les responsables qui seront identifiés acceptent de reconnaître leur part de responsabilité et qu'ils soient punis", et sont entendues depuis lundi matin à la barre.


ENVIRONNEMENT
Organisé par le Mouvement de la décroissance, le contre-Grenelle a réuni samedi à Lyon plus de 700 militants antinucléaires et altermondialistes, ainsi que des représentants de la confédération paysanne et de la LCR. Objectif : proposer des solutions plus radicales (moratoire sur les OGM ou les autoroutes) que celles attendues du Grenelle officiel qualifiées d’ores et déjà de «gadgets». Vincent Cheynet, de la revue la Décroissance, a ainsi fustigé les «écolo-tartufes», citant Nicolas Hulot et les Verts à qui il reproche «de tomber dans le panneau de l’instrumentalisation de l’écologie politique».

UNE NUIT BLANCHE A PARIS
Quand il a donné le coup d’envoi de la sixième Nuit blanche parisienne, le maire, Bertrand Delanoë, a dédié la manifestation à Ingrid Betancourt, otage des Farc en Colombie depuis plus de 2 000 jours. Un compteur numérique a d’ailleurs été installé pour garder souvenance de cette interminable séquestration. L’inflexion militante de cette Nuit blanche a cependant été clairement balayée par l’actualité sportive concomitante. En début de soirée, la place de l’Hôtel-de-Ville est littéralement noire de monde pour compatir devant un écran géant à la probable volée que le XV de France va subir contre les néo-zélandais. Devant cette écrasante concurrence, Nuit blanche fait le dos rond. Beaucoup de monde déambule, certes, mais obligatoirement moins que pour les éditions précédentes. A l’église Saint-Eustache - lieu de culte qui a pris la bonne habitude de briller par son ouverture d’esprit culturelle - on ne se bouscule pas pour «contempler», comme dit une aimable vieille dame à l’accueil, l’œuvre étale un rien sibylline de Lydia Dambassina : trois tapis au sol, dont un couvrant des paires de chaussures. A l’extérieur, la curiosité est sensiblement plus vive pour Astral Body Church, triptyque du collectif Pleix qui détaille l’anatomie hypertrophiée de bodybuilders aux visages de vieillards. En couples ou par petits groupes, le public stationne quelques instants. Mais c’est juste en face de l’église que la fièvre monte, au Quigley’s Point, un pub qui, à l’instar de tous les estaminets de France dotés d’un écran plasma, défend déjà une toute autre conception de la Nuit blanche. Trois heures plus tard, l’édition 2007 du projet artistique parisien «d’avant-garde et populaire», selon Christophe Girard, adjoint à la Culture, structuré cette année par le tandem Jean-Marie Songy-Jérôme Delormas, récolte les fruits mérités de la victoire. Toujours saturée de voitures au milieu de la nuit, la rue de Rivoli troque les habituels coups de klaxons acrimonieux ­contre une extase bordélique où l’on peine à discerner les butineurs de l’art contemporain, qui s’interrogent par exemple sur l’installation de Robert Stadler intitulée ? à l’église Saint-Paul-Saint-Louis, des piliers de la troisième mi-temps, scotchés à leur rêve éveillé. En plein cœur du jardin des Tuileries, personne ne semble remarquer que quantité des soi-disant 2 000 points de feu de Nuit ardente sont éteints, malgré l’empressement des membres de la compagnie Carabosse qui s’efforcent de ranimer les flammes au milieu desquelles vaque une foule rassérénée. Cent douze propositions vont ainsi égrener un parcours à la fois diagonal (nord-ouest/sud-est) et transversal (art numérique, théâtre de rue, performance…), des six immenses paraboles de la compagnie Off, sur le terrain Cardinet, aux spectaculaires projections sociétales de KompleXKapharnaüM qui, sur la façade d’une tour ingrate des Olympiades, expose au grand jour (sic) le cosmopolitisme du quartier (Ivoiriens, Maliens, Philippins…) en un bouquet de témoignages filmés in situ…

VANDALISME AU MUSEE D'ORSAY
Au musée d’Orsay, Le Pont d’Argenteuil de Monet vient d’être vandalisé pendant la "Nuit Blanche" à Paris. Un groupe de personnes manifestement teintées d’alcools obscurs ont planté un coup de poing dans une des plus poétiques toiles de Monet, toute de blondeurs et de fines turquoises enjeunies. Et malheureusement, ils ont perforé cette sublime toile sur dix centimètres. Ce qui se voit. Bien sûr, tout ceci sera effacé par les restaurateurs éminents des meilleures institutions qui sont en charge de la conservation du patrimoine. Toutefois, les dégâts sont déjà perceptibles dans la sphère artistique, puisqu’on en vient à dire aussitôt qu’il y aurait quelque rapport entre ce vandalisme et le geste de Rindy Sam qui sera jugée mardi. On se souvient de cette jeune artiste qui a baisé le tableau blanc de Twombly.